Quoi de neuf?

Mon Dieu, mon dernier billet remonte au mois de Mai, nous sommes en octobre, et je n'ai rien dis sur notre vie quotidienne, sur les avancées (ou non) dans nos projets.
En voici l'une des raisons...

Je vous rassure, tout va bien (oserais-je dire mieux?)

Si je n'ai rien posté ici, très peu sur le groupe Facebook aussi, c'est qu'il me fallait du temps, mon moral a fait le yoyo, les jours se suivaient mais ne se ressemblaient pas.
J'ai fait le point, suis passée par des moments très durs, de doutes, de remise en question, non pas sur notre immigration, jamais, mais sur les relations aux autres, comment appréhender ce changement et cette différence culturelle qui de loin paraît si mince? comment se protéger de certaines remarques de certaines personnes avec qui le seul point commun reste cette aventure dans laquelle nous sommes nombreux à nous lancer?
J'ai fini par tout prendre mal, ne voir que le négatif, me vexer et me sentir agressée quand j'aurai dû me contenter d'ignorer tellement je me rends compte avec le recul que certains reproches qui m'ont été faits étaient infondés ou idiots.

Et c'est là que j'en arrive enfin à écrire ce que je voulais faire depuis longtemps; nous sommes entourés et soutenus dans beaucoup de domaines dans la préparation de l'arrivée, lorsque le moment tant attendu arrive et que l'on pose le pied sur le sol de notre nouveau pays d'accueil, dans les mois qui suivent avec les recherches d'emploi, et tout ce qui fera que nous vivrons comme tout le monde.
Petit retour en arrière: mon mari travaille, j'ai travaillé (je ne dis pas que c'est dans ce que nous souhaitions ou espérons), la scolarité des enfants se passe très bien, le grand a travaillé cet été  en emploi étudiant dans la même entreprise que son père, le cadet a décroché un emploi avec la municipalité de Bathurst, le dernier fait partie après sélections de l'équipe de soccer de son école, nous avons 1 maison, 2 voitures, payons nos factures...
Mais... il y a un mais, dans tout ça; sur le papier, oui nous avons "reconstitué" notre vie d'avant, avec une qualité de vie meilleure.
Dans les faits, il y a une part que personne ne peut anticiper: la partie psychologique.

 

Je sais que durant les mois, les années que durent la période contacts, préparation des dossiers, jusqu'à la réception des CRP, nous pensons que  nous vivons la partie la plus délicate de tout ça. Que ni ni...
Vous pensiez que le stress ressenti lors de la réservation des billets, l'organisation du départ, la gestion des au revoir allait être balayé par la joie ressentie en débarquant? 
On se fait une telle idée de ce que sera, ou devrais-je dire, ce que pourrait être notre vie, portés par le bonheur d'avoir passé ces étapes qui nous coûtent en temps, en argent, en énergie, en émotion, en remise en question; on se projette souvent avec beaucoup d'espoir, et il y a tant de monde qui nous regarde:
La famille (chacun la sienne, entre ceux qui nous souhaitent du bien, ceux qui ne comprennent pas ce choix de partir loin, et encore sûrement une tonne de vœux bons ou mauvais, secrets et propres à chaque histoire familiale)
Les amis (les vrais ne pourront que se réjouir, les autres, ben ça fait du tri)
Les autres candidats à l'immigration, qui inconsciemment reportent leurs espoirs, craintes, envies sur ceux qui arrivent avant et vont ouvrir la voie, montrer le chemin, servir d'exemple
Les gens qui nous aident, nous apportent leur expérience, leur concours
Et nous mêmes, avec un regard parfois plus dur, moins indulgent que celui des précédents.

Tous ces yeux ne voient qu'une image, qu'une partie de ce qu'on veut bien montrer, mais ils sont là, néanmoins, et nous devons trouver notre place dans tout ça.
Je me suis vue reprocher que je me plaignais, pas un peu mais tout le temps. 
J'ai eu du mal à comprendre, du mal à situer comment je me plaignais; j'ai ressassé cette remarque durant des mois, et en suis arrivée à cette conclusion: l'immigration cela peut être beaucoup de bonheur, de belles choses à vivre, à découvrir, des rencontres. Mais (et oui encore un mais) nous arrivons avec notre vécu, nous ne pouvons pas nous défaire de ça, nous n'arrivons pas au pays des fleurs et des bisounours, nous devons ajuster en permanence pour trouver là encore notre place. Tous nos soucis sont venus (et continuent) de venir de France, si nous le vivons et que j'en parle, cela peut peut-être éviter à d'autres d'avoirs les mêmes; cela n'en fait pas une généralité.
Du pas toujours positif ici aussi il y en a. Mais cela ne signifie pas que nous ne sommes pas bien ici.

J'en reviens à mes moutons dépressifs (j'exagère bien sûr) ! le psychologique tient une part importante, et souvent sous estimée dans chaque immigration. On passe par des étapes, la joie d'être là, le côté vacances des débuts, puis les jours passent et nous devons reprendre un rythme de vie, il y a des obligations aussi nécessaires que primaires telles que manger, se loger, pour lesquelles il faut de l'argent, et pas qu'un peu, donc pour cela un travail, et là c'est une question de chance autant que de compétences. Là on arrive au point qui fâche: doit-on à tout prix prendre le premier job venu? doit-on oublier ces ambitions? Premier job dit salaire minimum dans la majorité des cas, pas facile de vivre avec ça sans avoir à puiser dans les économies. Manque de confiance envers les immigrants (ce que je peux entendre) sauf que cela rajoute une difficulté dans notre recherche d'emploi, diplômes et expériences vérifiés par l'immigration mais non reconnus dans les faits la majeure partie du temps (point soulevé hier par un membre du Conseil Multiculturel du NB lors d'une journée de développement professionnel), méconnaissance du processus par lequel nous sommes passés, nombre de gens pensent que nous avons décidé de venir et qu'il nous a suffit d'acheter des billets pour avoir la résidence permanente. Que dire de l'absolue nécessité de l'anglais pour espérer obtenir un poste avec un minimum de responsabilité? 

Tout cela engendre des tonnes de questionnements, ce qui peut être un détail en soi, rajouté à d'autres détails finit par grossir et peut peser dans l'intégration. Trouver sa place entre l'envie de remercier ceux qui nous aident en ne les décevant pas et l'envie de faire ce qu'on veut et ce qu'on aime (je pense à tous ceux qui par exemple m'ont fait passer des offres d'emploi, à une personne en particulier dont certes c'est le rôle mais qui le fait dans notre intérêt et pour laquelle je m'en suis voulue de ne pas donner de suite favorable à ses propositions); mes idées noires m'ont enlevé ma capacité à déterminer ce que je voulais mais aussi ce que je ne voulais pas.

Vous comprenez aussi que cela concerne la famille, la mienne est venue nous rendre visite pendant l'été. Ils vont le lire sûrement, mais tant pis, j'assume car ce sera peut être plus facile de m'expliquer ici. Bilan mitigé voire pire, Parce que pas bien dans ma tête, enfermée dans mes pensées, dans mes démarches infructueuses de recherche d'emploi, encore ces yeux dont on ne sait pas forcément ce qu'ils regardent, ce qu'ils cherchent, ce besoin de montrer ou de faire croire que tout va bien, car cette immigration est notre choix (j'insiste car c'est important) même quand ce n'est pas le cas; certains soucis liés aux enfants et qui ne se sont pas évaporés parce que nous sommes ici, un ado reste un ado où que l'on soit, mais donc ces soucis que l'on tait  à la famille parce que c'est aussi notre rôle de parents et que c'est plus facile de se confier aux amis parfois.
Il y a aussi un facteur dont personne ne semble avoir conscience: un changement s'est opéré au fil des mois, nous ne sommes plus comme avant, moins stressés dans la vie en général, nous prenons les choses générales avec plus de souplesse, notre vision des choses évolue, et cela a crée un écart entre ceux qui viennent mais vont repartir et vous, qui désormais vivez ici, qui n'avez pas le choix d'évoluer, de vous adapter; on ne sort pas indemne de tous ces changements vécus; et comme dans chaque relation, des fois ça passe, des fois...


Tout ça pour dire que immigrer est un processus long et fastidieux, que tout n'est pas facile, mais que le reste n'est que du bon; il faut savoir se poser, quelle que soit l'étape à laquelle vous en êtes, et là je parle de votre vie en général.
Son pire ennemi est soi même, avant de changer de cap et de devenir son meilleur allié. 

 

Je m'excuserai bien de la longueur de ce message, mais ce sont des choses à mes yeux trop importantes pour passer vite; l'idée de l'écrire aura duré 8 mois, le publier m'aura pris 4 heures, pour m'assurer que ma pensée était bien transposée, entre temps coup de téléphone pour une réponse négative suite à un entretien téléphonique, envoie dans les 5 minutes qui suivaient d'un cv en réponse à une autre offre, ainsi va la vie !!!

 

Je vais enfin conclure et vous assurer que malgré cette période difficile pour moi, une fois arrivée en bas, je ne pouvais que remonter car ce n'est pas dans ma nature de me laisser ensevelir.
Je (nous) ne regrette absolument rien de tout ce que nous avons vécu jusqu'ici, nous avons la chance d'avoir pu choisir de vivre autre chose, nous apprécions cette nouvelle vie, et continuons à faire preuve de patience, pour atteindre nos objectifs.

 




 

Commentaires (2)

mady11
Bonjour! merci pour ton commentaire ! Mon but n'est pas de dégoûter les gens de vouloir immigrer, mais cela implique tant de choses, tout quitter n'est pas une mince affaire, et en même temps, l'envie de mener à bien ce projet nécessite de savoir les difficultés ou les mauvaises passes que l'on peut rencontrer une fois arrivés. Cela reste à nos yeux la meilleure décision que nous ayons prise !!
Pour le tutoiement, comme ils disent ici c'est correct, c'est d'ailleurs en vigueur avec presque tout le monde, bien que j'utilise encore et toujours le "vous" lors de premières rencontres en général, là aussi encore une histoire de différence de culture et d'habitude!
Bon courage pour la suite !!!
Bonne journée !
Fati
  • 2. Fati | 26/10/2017
J'ai lu et lis encore pas de blog de familles au Canada et je peux te dire (je me permets le tutoiement car a travers tes récits j'ai l'impression de te lire une connaissance) que l'honnêteté du tiens pose bien les faits et permets d'agir en toute conscience et un grand merci pour cela.je ne doute pas que les choses iront au mieux pour je toi.

Ajouter un commentaire

 
×